Steven le taxi

Par défaut

Tous les jours de 6h à 22h, Steven arpente les rues de San Lorenzo dans son taxi. C’est notre chauffeur officiel ici, on l’appel chaque fois qu’on doit sortir le soir (question de sécurité). Un petit vidéo qui fait découvrir les rues de San Lorenzo et Steven qui nous parle de son travail de taxi.  3min.

Réalisation : Alexandre Gauthier

Publicités

Bus – Première partie

Par défaut

-Marie-Elaine-

Se rendre au boulot, c’est une affaire de rien. Mais quand on vient d’ailleurs, chaque seconde est différente, a une couleur, une odeur et une texture particulière. Je vous invite donc à me suivre en ce mercredi matin, pour une journée normale, jusqu’à l’organisation partenaire chez qui je travaille, à 30 minutes en voiture de chez moi.

Il faut comprendre que je prends le bus tous les matins, pour me rendre au boulot. 7H15 am à l’arrêt de bus pour prendre le prochain transport: direction Pespire, Choluteca. Chaque matin je croise les kiosques de fruits et de légumes qui nettoient leur emplacement près du marché central. Ils n’ont pas fini d’installer les parasols au dessus de leurs caisses de vivres qu’ils veulent déjà me vendre la première mangue du matin, les plus belles bananes du Honduras, les plus grandes papayes jamais vu… Ils me font rigoler et ils le savent bien.

À la moitié de ma route je croise le vendeur de journaux. Heraldo, Tribuna, Diez ! La plupart du temps, je n’achète pas les journaux ici. Avant, on le faisait chaque matin, mais avec le temps, les images morbides et sensationnalistes ont eu raison de notre appétit matinal. Ce matin, je l’achète. Il est arrivé un accident la nuit dernière et on se demande si les rues anonymes derrière la photo du mort le plus récent, cette fois, seraient les rues que certains empruntent chaque jour ici. Pas de trace de lui. Faut dire que les 13 morts dans la prison de San Pedro Sula, c’est plus dramatique, et à voir les images… je n’aurais pas dû l’acheter ce journal encore une fois.

Traverser la panaméricaine en courant à travers la poussière des camions lourds qui reviennent de Choluteca. Une quinzaine d’hommes sont entassés dans la boîte d’un camion, près pour aller travailler. Ils attendent le dernier qui court à quelques mètres de la voiture déjà en marche, en essuyant les insultes sans méchanceté de ses collègues, qui trouvent toujours quelque chose pour se moquer de quelqu’un.

Cette fois, ça y est. Je traverse l’épaisse colonne de fumée qui vient d’un immense feu de déchets. L’odeur du plastique est insupportable et les morceaux de papier journal, vire-voltent agressivement dans les airs, amenés ici et là par le vent des camions et des autobus qui passent. Le bus que j’attendais arrive, plein à craquer. À mesure que les gens descendent, les prochains passagers se massent autour de la porte. C’est tellement dense que les gens arrivent à peine à descendre. Et à ce moment, les bruits si communs à mes oreilles me semblent plus fort ce matin: «  AGUA AGUA AGUA, COCA, AGUA! » crie un jeune homme d’à peine 10 ans. Une femme adorable, qui peine à se faire un chemin dans l’aller : « PLATANOOOO, Sandwich o jamon, PLATANOOOO, Sandwich o jamon »… et ça continue. Ça s’achète coke et chips à 7h15 le matin, ça t’appelle « Mon Coeur » et c’est quand même beau à voir!

L’aventure ne fait que commencer…en route vers Pespire…à suivre!

Moé j’aime la police

Par défaut

-Alex-

On est sur le bord de la mer, les gars jouent au soccer, les filles se baignent pas de maillot ! – En fait, elles se baignent tout habillée (!?). – Assis tranquillement les pieds dans le sable tout est relaxe. Six uniformes bleus avec leurs grosses bottes noires avancent sur la plage avec leurs fusils d’assaut. La partie de soccer continue, les filles se baignent toujours: c’est normal, au Honduras la police est tout le temps-là, avec son air menaçant, sauf quand on a besoin d’elle.

Récemment, un camarade coopérant d’une autre ONG s’est fait voler son ordinateur portable dans sa maison durant la nuit alors qu’il était hors de la ville. Inquiet, il va au commissariat pour dénoncer le vol, mais on lui répond que c’est normal, il y a beaucoup de vol dans son quartier. Alors vous n’allez rien faire ? Non…

Au barrage policier sur la route panaméricaine près de San Lorenzo, un policier arrête le véhicule de notre organisme et déclare qu’on doit payer une « nouvelle » taxe de passage. Clairement un pot de vin. Notre coordonatrice sentant l’arnaque lui dit qu’il n’y a pas de problème, mais qu’on doit avoir un reçu pour notre comptabilité. Et il nous en a fait un…

Pire encore ! Une coopérante qui travaille avec nous à San Lorenzo se fait voler son porte monnaie sur la rue principale à l’heure du dîner. Le jeune voleur se sauve en bicyclette. Comme tout le monde se connaît ici, ça ne prend pas de temps pour savoir quel est le nom de l’auteur du vol – d’ailleurs, pour la postérité, il est surnommé la petite crevette.

Elle va au poste de police pour déclarer le vol. L’agent lui dit qu’ils ne peuvent rien faire si elle ne sait pas qui lui a volé son porte monnaie. Ça tombe bien je sais qui c’est, et on m’a même dit où il habite ! Haaaa … (malaise)

Alors vous n’allez rien faire ? Non…

Et il lui sort l’excuse du siècle : en fait, nous ne pouvons pas y aller parce que nos véhicules n’ont plus d’essence et on a pas d’argent pour en mettre. Tant qu’à se faire niaiser, la coopérante leur propose de payer le taxi aux agents qui lui ramèneront son porte monnaie contenant son passeport. Haaaa… non. Ça non plus ce n’est pas possible, les taxis n’embarquent plus les policiers parce qu’on faisait ça avant et que ça les mettait parfois dans des positions dangereuses…

Heureusement, elle a réussi à ravoir son passeport quelques jours plus tard… la police l’a finalement retrouvé. Il y a plusieurs rumeurs sur ce qui est arrivé par la suite à la petite crevette… mais on ne sait jamais vraiment.

 

 

 

 

Impressions du Sommet

Par défaut

Nous revenons du Sommet centre-américain des jeunes communicateurs. Quatre jours à Toncontin dans la montagne avec des jeunes travaillant dans des radios communautaires du : Honduras, Nicaragua, Guatemala, Costa Rica, Colombie et Brésil –

Plein de conférences, de discussions et de petits chocs culturels.

Justice

Dans cette communauté là, on ne voit jamais de policier. Tout le monde se connaît, et la majorité des gens ont des liens familiaux. Quand il y a un problème, les résidents s’arrangent pour le régler, personne n’appelle la police.

On est au milieu d’une conférence où des jeunes communicateurs de partout en Amérique latine témoignent sur leurs conditions. Ça parle de répression, critique l’État, dénonce la corruption. Dans la foule, une demie douzaine de policiers en uniformes avec des fusils d’assauts M-16. La police, qu’est-ce qu’elle vient faire ici ?

Je demande à mon partenaire, celui qui organise le sommet : « C’est parce que le maire vient d’arriver » qu’il répond comme si c’était normal.

Après la rencontre, un jeune me dit – on voit bien qui ils protègent…

Hospitalité

Une famille nous accueille pour la fin de semaine. Marie et moi on a un lit aux ressorts défoncés dans le backstore du dépanneur. À mes pieds, environ 400 sacs de chips, y’a même des Doritos !

Pas de porte dans la chambre, juste un tissu qui bat au vent. Oups un enfant de deux ans titube, s’arrête et me regarde. Deux bras de madame passe au travers du tissu et ramasse le petit.

Énigme

Toilette, toujours pas de porte, juste un tissu qui bat au vent dans la cours derrière la maison. Il y a une boîte de carton pour mettre son petit papier usagé. Mais pas de chasse d’eau. Rien pour flusher ?! Pas de valve, même pas la boîte carré qui est derrière en temps normal ! Juste un bol.

Qu’est-ce que je fais…

Solution au bas de l’article.

Honte

Regard bas, à chaque fois qu’un des jeunes mentionne les problèmes sociaux qu’engendre les compagnies minières canadiennes dans sa communauté. Tout le monde nous regarde, on se sent cheaps.

Ce n’est pas une étude, un livre ou un rapport qui le dit, c’est une jeune fille qui a la voix triste. Pour elle, les compagnies minières canadiennes qui pillent les ressources, polluent, contaminent, intimident, ce n’est pas des statistiques: c’est sa vie pour vrai. Pis moi dans sa tête, je suis Canadien…

Comment on dit séparatiste en espagnol ?

Solution

C’est Marie qui a trouvé la solution ! Il faut sortir de la bécosse, puiser une chaudière d’eau dans la pila (réserve d’eau pour faire la lavage) et la verser dans la toilette. Par un système de pression – ou de magie – la cuve se vide à mesure que l’eau se verse.

Bonus : Des photos de l’événement prises par Marie ont été mises sur flickr!

Bonus 2 : Un court vidéo qui donne une idée de la fin de semaine

Pupusas

Par défaut

-Alex & Marie-

Plusieurs lecteurs nous ont écris : « Maintenant que nous savons faire la purée de frijoles, est-ce qu’il y a des recettes dans lesquelles on peut l’intégrer ? ». Hé bien, la réponse est oui. La purée de frijoles peut être utilisée pour faire de délicieux Pupusas, une recette typique du El Salvador. Le Sud du Honduras (où nous vivons) est à deux pas de la frontière du El Salvador ce qui fait qu’on y retrouve plusieurs restaurants qui servent les pupusas.

Pourquoi on aime les pupusas :

Marie: « On parle ici de comfort food, mais sur le pouce! Aussi, c’est une recette qui peut avoir une infinité de variantes selon ce qui reste dans le frigo. »

Alex: « C’est la version hondurienne de la pizza pochette. Humm, je m’ennuie un peu des pizzas pochettes, je pense qu’on va essayer d’en faire pour mettre sur le blogue. »

Ingrédients

  • Farine de maïs 2 tasses
  • Eau chaude 1 tasse (et demi au besoin)
  • Un peu de sel
  • Purée de frijoles
  • Purée de fromage: mettre un fromage frais au mélangeur, un peu d’eau au besoin, pour faire une garniture lisse facile à insérer dans le pupusa.
  • Vous pouvez ajouter épices, viandes, etc. Nous présentons ici la recette de base.

Préparation

  1. Faire la pâte: Dans un plat mélanger la farine et l’eau. Pétrir pour obtenir une bonne pâte.
  2. Faire une boule: Se mouiller les mains, ajouter un peu d’huile au besoin, pour éviter que la pâte colle sur les doigts. Prendre une partie de la pâte et en faire une petite boule.
  3. Remplir: Avec les doigts de l’autre main, faire un creu au centre de la sphère. Remplir le creu avec les frijoles et le fromage (proportion au goût). L’erreur classique c’est d’en mettre trop, ça complique par la suite la cuisson.
  4. Former le pupusa: rabattre les côtés de la pâte pour fermer le tout. Doucement applatir pour en faire un disque.
  5. Cuisson: Faire revenir à feu élevé dans l’huile, jusqu’à ce que la pâte soit bien dorée.

Accompagnements suggérés

  • Sauce aux tomates
  • Salsa
  • Oignons marinés
  • Salade de chou

De retour en « grand ville »

Par défaut

-Marie-

Cette fois, nous avions décidé d’en profiter pleinement. Une fin de semaine complète dans la capitale, sans escapade dans les petits villages aux alentours. Interdit! Ce week end, c’est la ville, mur à mur. Nous ne lui avions pas donné beaucoup de chance il faut dire. Quand on allait à Tégus (son p’tit nom), c’était pour faire un peu d’épicerie, quelques courses ici et là, et hop ! On part pour Santa Lucia, Valle de Angeles ou directement pour la maison.

Et bien dans toutes ses activités, nous avons parfois été déçus. Par exemple, par cette publicité d’un café-librairie charmant où on dit qu’on peut lire pendant des heures dans une ambiance envoûtante…Premièrement c’est plutôt une librairie en plein milieu d’un centre d’achat et où il y avait un café à côté… « Âllo l’ambiance! »

Il a dû passer 200 personnes, carosses d’épicerie à la main entre le début et la fin de notre café. Sans compter la musique: un mélange de 4 postes de radio différents, provenant, bien sûr, des magasins entourant les trois tables à café au milieu du corridor.

À partir de là, fini les attentes. C’est ce qu’il ne fallait pas oublier. Les choses se déroulent rarement comme on les imagine, surtout au Honduras, alors vaut mieux pas trop les imaginer. C’est dans cet esprit que l’on s’est présenté au concert pour toute la famille de l’orchestre philharmonique du Honduras, dans le théâtre Manuel Bonilla.

Un concert, un dimanche matin. Une journée de petite pluie fraîche, attention les attentes arrivent… On les chasse avant d’arriver! Arrivés là, on ne peut pas entrer, les répétitions n’étant pas terminées. Nous ne sommes pourtant pas en avance. Le spectacle commencera donc avec 45 minutes de retard… (Non !pas encore…)

Alors allons prendre un café, marcher dans le parc, et revenons plus tard. Au retour, la salle est prête à accueillir les visiteurs. La salle se remplie peu à peu. La moitié de la salle doit être pleine, et de cette moitié, on compte beaucoup de familles avec de jeunes enfants! Le chef d’orchestre est ravi de les voir. Il prendra le temps de leur expliquer, et à nous aussi, tous les instruments qui composent son orchestre, et leur apport dans la pièce. Pour ce faire, il a même changer l’ordre des pièces. Il commencera donc par une pièce plus connue, pour bien montrer aux enfants ce dont il parle. Ce sont des extraits de l’opéra de Carmen. Ce matin-là, nous en avons appris autant que les enfants de 6 ans qui écoutaient attentivement les explications.


Et les jeunes ne se trouvaient pas seulement dans la salle. Quand le chef d’orchestre a demandé aux musiciens âgés de moins de 25 ans de se lever, près de 90% des musiciens étaient debouts! C’était impressionnant de voir autant de jeunes, assis dans la salle et sur la scène, en admiration devant une pièce de Mozart ou de Borodin. Magnifique.

Si nous avions eu des attentes, elles auraient été comblées. Mais ce qui est beau, c’est que toute cette musique, ces jeunes, ces bébés qui pleurent et nous deux en plein milieu, on aurait jamais pu s’attendre à ça!

Invasion de zombies au Honduras – Scénario catastrophe

Par défaut

-Alex-

Les histoires de zombies se passent toujours dans les grands centres aux États Unis, mais pas cette fois. Le Honduras est-il moins vulnérable que les États-Unis si le pire devait se produire ?

San Lorenzo, Honduras – Yuan est couché dans son lit, fiévreux. Ce qu’il croit être une malaria est sur le point de muter. Il habite en périphérie de la ville, sa famille n’a pas suffisamment d’argent pour le faire soigner à l’hôpital.

Lorsqu’il devient zombie, il n’y a que ses parents à la maison, ses frères étant partis récolter le café dans une région voisine. L’invasion prendra plus de temps à se répandre puisque les malades ne sont pas amenés systématiquement dans les hôpitaux – généralement le premier foyer de l’épidémie.

On aperçoit de plus en plus de zombies par les fenêtres de notre appartement. Heureusement, comme la plupart des maisons de San Lorenzo, notre appartement est entouré de murs de 12 pieds surmontés de barbelés. Toutes nos fenêtres et nos portes sont renforcées d’épais grillages métalliques. Bref, on est équipé pour tenir le siège longtemps.

Après quelques jours, la nourriture commence à manquer, je viens de finir la dernière boîte de Kraft dinner. Il faut sortir. Contrairement à bien des honduriens, nous ne possédons pas d’arme à feu, ça aurait été utile. Il faut donc aiguiser notre machette avant d’essayer de piller ce qu’il reste dans l’épicerie d’en face.

Quelques semaines plus tard, l’épidémie s’est répandue dans le pays et les services publiques ne peuvent plus être assurés par le gouvernement: eau, électricité, police, rien de tout cela ne fonctionne. Toutefois, les honduriens sont habitués de vivre avec un minimum de services provenant de l’état: les coupures de courants sont fréquentes, plusieurs familles possèdent des sources d’eau alternatives et la police était déjà absente de toute façon.

De plus, une bonne partie de la population provenant des alentours de San Lorenzo survivait déjà en cultivant sa propre nourriture. C’est grâce aux cultivateurs qu’on a connu dans la zone du projet qu’on réussit d’ailleurs à se nourrir désormais.

Après quelques semaines ou mois, le plus dangereux pour nous devient l’intervention des forces américaines qui préparent une pacification des zones infectées. Plusieurs craignent les dommages collatéraux. Plusieurs risquent de périr lors de cette opération de nettoyage.

Celle-ci viserait entre autre à camoufler les preuves d’une erreur commise par une grande compagnie pharmaceutique dont le produit, supposément miracle, avait été testé clandestinement sur des patients d’une région hondurienne, contre une poignée de lempiras (pas grand chose en dollar) – sur Yuan notamment.

Scénario catastrophe ! Le président des États-Unis était-il au courant ?! Combien d’immigrants honduriens ont franchis les frontières sans être déclarés ? Et si un d’entre eux était entré illégalement au pays ? Est-ce que les États-Unis seraient moins vulnérables que le Honduras si le pire devait se produire ?

Pour l’adaptation à l’écran je me demande bien qui pourrait jouer mon rôle ? Et celui de Marie ??