Archives Mensuelles: novembre 2011

Chronique ordinaire

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-Alex-

Assis les deux fesses dans mon hamac à me faire bercer par le bruit des klaxons d’en face et des ouvriers qui gossent en arrière de la maison, avec mon laptop sur les genoux, j’écris une chronique ordinaire.

Ça va bientôt faire deux mois qu’on est à San Lorenzo. On se sent de moins en moins en voyage, de plus en plus chez nous. Chez nous, mais loin pareil.

Durant la journée, il y a du travail ou des cours d’espagnol. Le soir, on écoute des films ou on sort souper avec les autres coopérants. Une routine de 8 à 5 qui t’enlève un peu (pas mal) le feeling du voyage. Tant bien qu’on se met à penser à la prochaine fois qu’on va partir, comme quand on était chez nous et qu’on rêvait au Honduras…

Sinon, ces temps-ci je pellette de la roche… j’aimerais dire que je prépare un jardin, mais je fais juste pelleter de la roche depuis deux semaines. Au rythme où ça avance, je pense que je vais être musclé avant d’avoir mangé une papaye de mon jardin.

Paraît qu’il neige au Québec. Ici, la seule chose qui nous fait penser à l’hiver ce sont les pubs du père-noël habillé comme un gars de kuujjuaq. En short pis en gougoune, je sue du genou, pis lui y me regarde en riant dans sa grosse barbe ! Pour le réveillon, c’est clair que c’est pas moi le père noël cette année.

Avec les autres coopérants on parle trilingue. Ils viennent de partout dans le monde et ont vécu dans plein de pays. C’est un peu comme dans l’auberge espagnol. On parle de plein de trucs pis on mange… on mange. Certains soirs je parle trilingue dans la même phrase… après une couple de rhums.

On sort un peu les fin de semaines pour retrouver le feeling du voyage, On s’achète des cartes du pays, des guides de voyage, on va voir sur internet. On passe des soirées entre coopérants à jaser de nos prochaines destinations. Quelque part, on est comme des junkies qui ont besoin d’une dose d’exotisme, toujours plus forte pour retrouver le feeling du début.

Amour et plottée de bine (traduction libre)

Parlant de trucs ordinaires, on a acheté le DVD piraté d’un film hondurien. Ça s’appelle Amor y Frijoles. Quiproquo d’une vendeuse de frijoles qui pense que son mari la trompe parce qu’il rentre tard, alors que celui-ci va à l’église tous les soirs prier pour avoir un petit garçon. Elle devient jalouse et couraille avec plein de gars pour se valoriser. Elle finit par être enceinte d’un petit garçon. Lorsque le film termine tout le monde est content. Morale ? On a pas encore trouvé… suggestions ?

Maintenant que vous êtes en appétit, je vous promet la recette des frijoles qu’on voit dans le film, à suivre bientôt.

 

 

 

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Le 680 rue principale, San Lorenzo

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– Marie-Elaine –

Autrefois rue Ste-Angèle à Trois-Rivières, une partie des compagnons du 680 ont maintenant une nouvelle adresse: c’est euh… le barrio San Antonio, près de l’épicerie, près du nouveau marché, l’appartement le plus pâle… Avec si peu d’information, tu peux obtenir Internet, le câble et te faire livrer l’eau. C’est plutôt pratique! San Lorenzo est une ville de grandeur moyenne et malgré son expansion, le système de positionnement est toujours aussi nébuleux. Ne deviendrait pas chauffeur de taxi qui veut. Ici, il ne suffit pas de connaître l’épicerie et quelques magasins pour se retrouver. Les chauffeurs sont une vraie mine d’information. Nos collègues Simon et Myriam, pour indiquer leur adresse, donnent le nom de leur propriétaire et l’école qui est dans le quartier, et personne pour l’instant n’a semblé sans ressource à l’écoute de ces informations.

Nous sommes maintenant installés dans notre nouvelle demeure. Ici, il n’y a pas d’air clim, de piscine creusée et de petit déjeuner en s’assoyant à la table, café à la main. Non il n’y a rien de tout ça. Ici, il y a un terrain qui n’attend que nous pour faire pousser les fruits et légumes de notre choix, il y a un comptoir, un four et un frigo qui s’impatientent de nous donner un coup de main dans la réalisation de nos premiers plats typiquement honduriens. Il y a aussi une pila, cette machine à laver qui nous fera quelques muscles. Celle-là, elle attend les premiers morceaux de vêtements que nous tâcherons en redécorant un petit endroit à nous. Un changement comme celui-là, ça ne se regrette pas!

Les courses à San Lorenzo, ou comment ton sourire peut te faire faire quelques affaires en or

Ici de magasin en magasin, ils vendent tous à peu près les même choses. La même assiette avec une image de Dora l’exploratrice, les même bols avec des grosses fleurs dans le fond (ça on en a acheté!) Alors ce qui détermine de l’acheter ici ou ailleurs c’est surtout l’attitude de la personne qui te le vend. On a déjà quelques préférés, qui sont toujours sympathiques et qui te surchargent pas trop parce que tu es un gringo…

« C’est combien cette jolie bouilloire en métal ? »

« 320 lempiras » (ou environ 16 $)

« mmm c’est beau mais ça vaut pas 16$, merci quand même! »

Le lendemain….

« C’est combien cette jolie bouilloire en métal? »

« 180 lempiras » (ou environ 9$)

« coudonc, l’avez-vous échappé par terre? »

On dirait que j’ai une crise de confiance, je repasserai plus tard …

La journée terminée, la fatigue dans les jambes, et la brume dans l’esprit, on prends les derniers moments de lucidité pour s’assoir tranquillement, et profiter de notre première soirée loin de l’hôtel Morazan. Les bruits sont nouveaux parce que le soir à l’hôtel, on entendait que les chiens hurlés. Ici, les gens qui crient, qui klaxonnent, quelqu’un qui joue du tam tam, quelque part derrière la maison, et voilà nos nouveaux bruits, finalement pas si loin de ceux de la rue St-Angèle.

Vue de la rue Ste-Angèle, Trois-Rivières

Vue de San Lorenzo, Honduras

Le cirque est triste

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-Alex-

Le chapiteau troué laisse voir les étoiles. On est assis sur des estrades en 2×4. Je sens que je vais m’amuser comme un enfant. J’ai hâte de voir les clowns et les jongleurs. De voir comment ça marche le cirque au Honduras.

On est dans une petite ville du pays le plus pauvre d’Amérique central, il ne faut pas s’attendre au cirque du soleil. C’est correct, je ne m’attends à rien. Je veux juste profiter du spectacle et j’espère avoir quelques belles surprises. Le maître de cérémonie annonce le début du spectacle !

Lumière, musique et une danse d’ouverture même pas digne d’un numéro poche de secondaire en spectacle. Quelque chose comme cinq longues minutes. Bon ! Bien ça peut pas être pire… hmm ho que oui ça peut !

« Mesdames et messieurs, accueillez Miguelito le plus grand clown du monde » !

Applaudissements. Un garçon d’environ 6 ans entre en scène déguisé en clown. Ça aurait pu être cute. Sauf que durant son numéro il reçoit environ 35 coups de bâton en carton de sa mère, elle simule même une fausse gifle au visage du petit. Ça ne pourrait clairement pas être joué au Québec. Le prochain numéro non plus d’ailleurs.

« Mesdames et messieurs accueillez Ruan l’acrobate !! »

Ho yeah ! Le vrai spectacle commence que je me dis… erreur. Un deuxième enfant, plus petit celui-là, entre en scène. Il s’avance dans l’anneau du cirque avec ses petits collants moulants, ses petites jambes et il nous regarde avec ses petits yeux… moi j’ai un petit malaise.

Je ne sais pas quel est le terme technique pour ça dans le monde du cirque, mais le petit s’accroche les deux mains après des bandes de tissus qui pendent dans la airs et un monsieur, probablement son père, le fait monter jusqu’au plafond. Le gamin se balance entre les poutres du chapiteau en faisant des figures d’acrobatie.

Pour vrai, il était fort. Mais il était triste. Il semblait triste. J’ai cru voir qu’il ressemblait à un petit gars triste. Moi j’ai été triste en voyant ce petit gars là pendu à ses anneaux dans un cirque cheap… (ma technique de gestion des chocs culturels dans toute sa splendeur, merci l’ACDI pour ta formation pré-départ).

« Mesdames et messieurs applaudissez-le bien fort, il fait tout ça et il n’a que 4 ans ! »

Psssst !!! Marie me dit à l’oreille : « si le prochain numéro met encore en vedette un enfant on sacre notre camp d’ici » You bet !

On a effectivement « sacrer notre camp » à l’entracte. Mais avant on a eu droit à une magicienne qui fume des clopes et à un clown qui crache environ 4 gallons d’eau au visage de sa femme.

C’est pas parce que c’était plate qu’on est partie. On est partie parce que c’était triste. C’est probablement juste une famille avec leurs enfants pis leur tante accroc à la nicotine. Ils ont trouver un numéro que chacun pouvait faire. Avec l’argent des entrés ils doivent à peine se payer le minimum pour survivre. Ce ne sont pas des artistes, ce sont des gens qui ont trouvé une façon de manger.

Pendant qu’on marche pour s’éloigner du chapiteau, celui qu’on croit être le père de la famille nous crie « attendez, le spectacle n’est pas terminé ». Moi je n’ose pas me retourner, je suis triste et le cirque aussi !